Université de Stanford
Des virus absents de la nature conçus par intelligence artificielle
Des scientifiques de l'université de Stanford sont parvenus pour la première fois à concevoir des virus inexistants dans la nature à l'aide de l'intelligence artificielle (IA), rapportent plusieurs médias internationaux, dont The New York Times et The Guardian. Il s'agit de bactériophages, de petits virus qui attaquent et tuent les bactéries.

Les bactériophages naturels servent souvent à combattre des infections lorsque les antibiotiques ne fonctionnent plus, mais les bactéries peuvent aussi développer une résistance à ces virus.
En laboratoire, un mélange de bactériophages conçus par IA a tué des bactéries E. coli résistantes aux bactériophages naturels.
Des modèles de langage génomiques
Les chercheurs ont utilisé l'IA pour concevoir des génomes, soit l'ensemble du matériel héréditaire d'un organisme, destinés à des bactériophages. Ils ont eu recours à des modèles de langage génomiques, la variante génétique des modèles de langage qui sont à la base des agents conversationnels.
"Nous avons généré des bactériophages viables présentant un tropisme ciblé pour un hôte donné, en utilisant le phage ΦX174 comme modèle de conception. Les tests expérimentaux ont permis d’obtenir 16 phages présentant des profils de fitness variés dans des conditions de laboratoire", expliquent d'emblée les chercheurs.
"La cryomicroscopie électronique a confirmé qu’un phage généré utilise, au sein de sa capside, une protéine d’empaquetage de l’ADN phylogénétiquement éloignée. Un cocktail de phages générés permet de contourner rapidement la résistance de souches d’Escherichia coli résistantes à ΦX174, ouvrant ainsi la voie à des traitements phagiques générés par intelligence artificielle contre des agents pathogènes bactériens à évolution rapide."
Et si l'IA s'émancipait ?
Dans la revue Science, où paraît l'étude, les chercheurs estiment que leur approche élargit le champ de la génomique de synthèse et ouvre une voie vers des phagothérapies capables de s'adapter à des pathogènes qui évoluent rapidement.
La crainte que l'IA développe un pathogène dangereux pour l'homme et l'animal grandit toutefois.
Le Pr Tom Inglesby et le chercheur Moritz Hanke, du Centre pour la sécurité sanitaire de l'université Johns Hopkins, signent un commentaire publié dans le même numéro de Science.
Ils y jugent la technologie prometteuse pour les sciences du vivant, mais soulignent qu'elle soulève des questions urgentes en matière de biosécurité. Assembler des génomes viraux à l'aide de l'IA générative est désormais possible, écrivent-ils, mais les politiques permettant d'encadrer cette pratique en toute sécurité font défaut.
Le Pr Tom Ellis, de l'Imperial College de Londres, souligne toutefois qu'un bactériophage figure parmi les génomes les plus faciles à reproduire. Créer artificiellement des génomes plus complexes n'est pas encore à l'ordre du jour.
"La menace d'un génome de virus ou de bactérie entièrement conçu par IA est fortement exagérée", affirme-t-il.