Tatouage et mélanome : un facteur de risque émergent ?
L’incidence du mélanome cutané (CM) progresse depuis plusieurs décennies. Parallèlement, le tatouage s’est largement banalisé, exposant durablement la peau à des mélanges pigmentaires complexes. Une étude cas-témoins populationnelle suédoise publiée en 2025 a évalué l’association entre tatouage et risque de mélanome.

Les encres de tatouage contiennent des pigments azoïques, des hydrocarbures aromatiques polycycliques et des métaux lourds, dont certains classés cancérogènes ou possiblement cancérogènes. Malgré la réglementation européenne REACH entrée en vigueur en 2022, des contrôles ont encore mis en évidence des substances dépassant les seuils autorisés.
Une association indépendante de l’exposition UV
L’étude a inclus 2.880 cas de CM chez des personnes âgées de 20 à 60 ans. Après ajustement sur le phototype, l’exposition UV cumulée, le niveau socio-économique et le tabagisme, le fait d’avoir au moins un tatouage était associé à un risque accru de 29% (IRR 1,29 ; IC95% 1,07–1,56). Après exclusion des patients ayant un antécédent de CM, l’augmentation restait présente mais plus modérée (23%). L’association était observée tant pour les formes invasives que pour les formes in situ.
Aucune interaction significative avec l’exposition UV n’a été mise en évidence : les tatoués fortement exposés aux UV ne présentaient pas de sur-risque supplémentaire. À titre comparatif, le risque attribuable aux UV est estimé jusqu’à cinq fois supérieur dans les méta-analyses disponibles.
Pas d’effet dose, mais un rôle possible de la durée d’exposition
Ni le nombre de séances ni l’étendue de la surface tatouée n’étaient associés à un risque croissant de CM. Les tatouages de grande taille n’étaient pas associés à une augmentation supplémentaire du risque. La concordance anatomique entre le site du tatouage et celui du CM était faible (30%), sans corrélation significative, ce qui ne soutient pas l’hypothèse d’un effet strictement local. En revanche, le risque était maximal lorsque le premier tatouage remontait à 10–15 ans avant le diagnostic, ce qui est compatible avec un délai prolongé entre l’exposition et l’apparition du mélanome.
En pratique, ces résultats suggèrent que le tatouage pourrait être associé à une augmentation relative du risque de mélanome. Les auteurs indiquent qu’il pourrait être pertinent de renforcer la vigilance lors de l’évaluation clinique des nævi et de l’examen cutané chez les patients tatoués. Ces résultats doivent être confirmés par d’autres études épidémiologiques avant toute conclusion causale.
Référence
Rietz Liljedahl E, Nielsen K, Engfeldt M, Jöud AS, Nielsen C. Does tattoo exposure increase the risk of cutaneous melanoma? A population-based case-control study. Eur J Epidemiol. 2025;40:1441-1453. doi:10.1007/s10654-025-01326-6