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Nouveaux outils diagnostiques dans la maladie d'Alzheimer

DOSSIER Détecter des biomarqueurs de la maladie d’Alzheimer à partir d’une simple prise de sang, plutôt que par l’analyse du liquide céphalorachidien (LCR), représente une avancée particulièrement prometteuse. Mais, selon le Pr Engelborghs, cette approche doit toutefois être abordée avec prudence.

Dre Patricia De Cock - 15 septembre 2026

alzheimer tau-kluwens

La tau phosphorylée comme biomarqueur 

Parmi les différents biomarqueurs sanguins, la protéine tau phosphorylée (p-tau181, p-tau217 et p-tau231) est la plus spécifique. Sa détection reflète la présence d’agrégats pathologiques de protéine tau, caractéristiques de la maladie d’Alzheimer (Alzheimer’s disease, AD). Elle permet de distinguer l’AD des autres formes de démence et d’évaluer le risque de progression d’un trouble cognitif léger (mild cognitive impairment, MCI) vers une démence.

Son principal avantage est de permettre, dans la majorité des cas, d’éviter une ponction lombaire ou une TEP amyloïde cérébrale. Ce n’est qu’en cas de résultat sanguin équivoque, soit dans environ 20 % des cas, qu’une ponction lombaire ou une TEP amyloïde reste nécessaire pour confirmer le diagnostic d’AD.

Une nuance importante 

Ces biomarqueurs sanguins peuvent devenir positifs très tôt au cours de l’évolution de la maladie. Le Pr Engelborghs apporte toutefois une nuance : « Ils peuvent être positifs dès le début du processus pathologique, soit 10, voire 20 ans avant l’apparition des premiers symptômes. Prenons l’exemple d’une personne de 75 ans ne présentant aucun signe de déclin cognitif, mais dont les biomarqueurs sont positifs lors d’un dépistage. Elle présente alors un risque accru de développer une AD si elle vit suffisamment longtemps. Elle peut toutefois décéder d’une autre cause avant que la maladie ne devienne symptomatique. À l’inverse, une personne souffrant de troubles de la mémoire liés à un trouble du sommeil peut également présenter des biomarqueurs positifs. Les troubles de la mémoire risquent alors d’être attribués à tort à une AD. »

Les fabricants qui commercialisent ces biomarqueurs définissent chacun leurs propres valeurs seuils (cut-off). Le Pr Engelborghs précise : « Si la valeur dépasse le cut-off le plus élevé, il est très probable qu’il s’agisse d’une AD. Si elle est inférieure au cut-off le plus bas, il est peu probable qu’il s’agisse d’une AD. Entre ces deux valeurs subsiste une zone grise. » 

Pas de dépistage à grande échelle 

En l’absence de traitement capable de prévenir les symptômes de l’AD, un dépistage à l’échelle de la population n’est pas indiqué à ce stade. Dans quels cas les biomarqueurs peuvent-ils alors être utilisés ? « Nous pouvons les utiliser chez des patients présentant des troubles de la mémoire lorsque l’évaluation neuropsychologique met en évidence des anomalies pouvant être liées à une AD débutante. Dans cette situation, les biomarqueurs peuvent être utiles pour confirmer le diagnostic. Ils peuvent également aider à distinguer l’AD d’une autre forme de démence lorsque cette distinction est importante pour le choix du traitement », répond le Pr Engelborghs. « L’utilisation du p-tau217 plasmatique devrait, dans un premier temps, rester limitée aux cliniques de la mémoire afin d’éviter des diagnostics erronés. »

« Les biomarqueurs sanguins peuvent être positifs dès le début du processus pathologique, parfois 10 à 20 ans avant l’apparition des premiers symptômes. » 

IRM et TEP de la protéine tau 

L’IRM permet de visualiser l’atrophie cérébrale. « La volumétrie automatisée représente une application prometteuse de l’intelligence artificielle. Elle nous aide à détecter précocement l’atrophie cérébrale et à en caractériser la distribution », explique le Pr Engelborghs. « Mais là aussi, il est préférable que cet examen soit réalisé dans un centre spécialisé et que les biomarqueurs de l’AD soient toujours interprétés à la lumière des données cliniques objectives. Chez un patient asymptomatique, une atrophie cérébrale objectivée à l’IRM n'a aucune valeur prédictive pour une AD. » 

Un autre nouvel outil diagnostique est la TEP de la protéine tau, qui permet de visualiser les dépôts de tau au sein des enchevêtrements neurofibrillaires. « Cet examen peut fournir des informations sur la sévérité de la maladie et son évolution. Une personne présentant un trouble cognitif léger (MCI) avec une charge élevée en tau à la TEP évoluera plus rapidement vers une démence qu’un patient présentant une faible charge en tau. À l’heure actuelle, cette technique relève encore principalement de la recherche scientifique. À l’avenir, elle pourrait toutefois nous aider à mieux établir le pronostic et à sélectionner le traitement le plus approprié, qu’il s’agisse d’un anticorps monoclonal anti-amyloïde ou d’une thérapie anti-tau », explique le Pr Engelborghs. 

À l'aube d'une révolution dans la prise en charge de la maladie d'Alzheimer

En résumé, des progrès importants ont été accomplis dans le diagnostic de l’AD. En revanche, les biomarqueurs sanguins ne peuvent pas encore être utilisés comme outil de dépistage à l'échelle de la population.

« Toutefois, certaines données suggèrent que les traitements anti-amyloïdes seraient plus efficaces s’ils étaient administrés beaucoup plus tôt, avant l’apparition des symptômes. Si cette preuve est apportée, les biomarqueurs sanguins de l’AD pourront alors être utilisés comme outils de dépistage. Nous sommes à l’aube d’une véritable révolution dans la prise en charge de la maladie d’Alzheimer et il est important d’intégrer les avancées scientifiques dans la pratique clinique actuelle. Elles contribueront sans aucun doute à faire progresser la recherche et à améliorer la prise en charge des personnes atteintes d’AD », conclut le Pr Engelborghs. 

Sebastiaan Engelborghs, neurologie
« Les biomarqueurs sanguins de la maladie d’Alzheimer sont un véritable game changer, mais ils devraient être utilisés uniquement dans les cliniques de la mémoire, non comme outil de dépistage, mais comme examen diagnostique chez les personnes présentant des troubles cognitifs objectivés. » 
– Pr Sebastiaan Engelborghs 
 

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