Condylomes : quelles stratégies privilégier en pratique ?
Les condylomes ano-génitaux constituent un motif fréquent de consultation en gynécologie. Parmi les infections sexuellement transmissibles les plus fréquentes dans le monde, ils font l’objet de nouvelles recommandations HAS publiées fin 2024, précisant la place des traitements de première ligne, des bithérapies et la prise en charge dans certaines situations particulières.
Liés dans plus de 90 % des cas aux HPV 6 et 11, les condylomes se caractérisent surtout par un risque élevé de récidive, estimé entre 30 et 60 %. Une régression spontanée reste toutefois possible. Entre 30 et 70 % des lésions régressent spontanément dans les quatre à six mois suivant leur apparition, ce qui explique que l’abstention thérapeutique puisse parfois être discutée, notamment pendant la grossesse ou chez l’enfant.
Les recommandations rappellent également qu’une lésion condylomateuse peut être associée à des HPV oncogènes. En pratique, des lésions atypiques, extensives ou récidivantes doivent donc faire évoquer une biopsie afin d’exclure une néoplasie intraépithéliale.
Première ligne : privilégier les traitements simples et accessibles
La HAS positionne désormais clairement la cryothérapie, l’imiquimod 5% crème et la podophyllotoxine 0,5% solution comme traitements de première ligne. La cryothérapie est particulièrement mise en avant en raison de sa simplicité, de son accessibilité et de sa réalisation possible en consultation sans anesthésie locale dans la majorité des cas.
L’imiquimod et la podophyllotoxine gardent également une place importante en auto-application. L’imiquimod s’utilise trois fois par semaine pendant un maximum de 16 semaines, tandis que la podophyllotoxine est appliquée pendant trois jours consécutifs avec répétition possible des cycles jusqu’à cinq semaines. Les recommandations insistent toutefois sur le risque d’irritation locale en cas d’application sur peau saine.
Un autre point important concerne la place croissante des bithérapies. L’association d’une cryothérapie avec un traitement topique par imiquimod ou podophyllotoxine peut désormais être proposée dès la première ligne afin d’améliorer la clairance et de limiter les récidives. Les recommandations ne retiennent pas non plus, à ce stade, la vaccination HPV comme stratégie efficace de prévention secondaire des récidives.
Grossesse et situations à risque
Chez la femme enceinte, l’abstention thérapeutique reste possible lorsque les lésions sont limitées et peu symptomatiques. Si un traitement est nécessaire, les méthodes physiques (cryothérapie, chirurgie, laser CO2) ainsi que l’acide trichloracétique sont privilégiés. L'imiquimod n'est généralement pas recommandé pendant la grossesse, en particulier au premier trimestre et en application intravaginale, tandis que la podophyllotoxine est contre-indiquée pendant la grossesse.
Chez les patientes immunodéprimées, les recommandations insistent sur la nécessité d’un suivi gynécologique et proctologique régulier ainsi que sur un recours facilité à la biopsie afin de ne pas méconnaître une lésion dysplasique ou carcinomateuse. Les traitements restent globalement similaires à ceux de la population générale, mais les récidives sont plus fréquentes et certaines formes réfractaires peuvent nécessiter des thérapeutiques de deuxième ou troisième ligne.
Chez l’enfant, les recommandations rappellent également qu’une transmission non sexuelle reste fréquente et qu’une abstention thérapeutique peut être envisagée en raison d’une clairance spontanée élevée.
Référence
Boyer M, Joly E, Diallo K, Fouéré S, Hantz S, et al. Prise en charge thérapeutique des patients atteints de condylomes ano-génitaux. Recommandation de bonne pratique. Saint-Denis La Plaine: Haute Autorité de santé; 2024.